01 février 2010

La Rafle (la claque)

etoile-jaune.1187257968.jpgIl m'a fallu du temps pour me poser devant cet écran.

Ecran de couillonades et de pitreries, derrière lequel il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur.

Après un week-end fort mouvementé, en émotions, en découvertes, en amour très fort, déclaré, explosé, abîmé, en échanges, en larmes et en surprises, en révélations qu'il me faut bien des pilules pour avaler (mais également en gastro-entérite), j'aborde mon lundi avec l'urgence de relativiser.

Ma vie.


 

On a beau m'expliquer que je fais partie d'un système, que l'homme est tel qu'il est, qu'il ne changera jamais, les tréfonds absurdes de l'esprit humain ne cesseront jamais de m'indigner.

Je ne peux que me dire que je dois faire avec, qu'on saura jamais ce qu'on a vraiment dans nos ventres, caché derrière nos apparences.

Je ne peux que constater. Si j'étais née à Cracovie, comme ma grand-mère, peut-être serais-je moi, telle que je me connais, probablement décédée dès les premiers jours de la guerre pour avoir hurlé à la gueule d'un officier de la Gestapette que "je t'encule sombre connard, je reste dans ce jardin de merde et TOI tu sors"

Peut-être, sans doute, aurais-je courbé l'échine, moi telle que je me suis connue, telle que je me suis forcée à ne plus être. Petite fille perdue, seule et souffreteuse, pour qui le reproche est un procès, la bêtise, une fatalité.

Une petite juive fragile qui se serait pris du plomb dans les ailes, et n'aurait pu les déployer pour graver son nom dans les constellations.

Bien sûr que ça se serait passé comme ça. Ma vie n'est pas réalisée par Tarantino.

 

0007164_aff_001_med.jpgLa vraie victime dans tout cela, c'est nous tous. Si chaque juif avait emporté avec lui un seul soldat allemand, la guerre aurait pris fin en moins de temps qu'il n'en faut pour faire le Kiddouch.

Mais chaque juif protégeait ses enfants, sa famille, son peuple. Victimes de la meilleure stratégie possible : si tu fais un pas de travers, je punirai ton voisin.

Je n'ai pas vu La Rafle, je me la suis prise en plein milieu du nez. Crochu, comme il se doit.

Madame Roselyne Bosch, je vous dis merci.

N'hésitez pas à raconter avant la projection de votre film, dites-le à tout le monde, l'histoire que vous nous avez contée, comment vous avez retrouvé,avec pour seul outil une conviction et une envie, le seul survivant de la rafle. Comment ce fut difficile, comment ce fut indispensable. Comment ce moment magique où vous l'avez retrouvé a marqué dans la pierre la nécessité de faire cette oeuvre ultime, terriblement magnifique que vous avez réalisé.

J'ai pleuré, pleuré sans m'arrêter, depuis la 4ème minute du film, lorsqu'une femme estampillée dit quelques mots dans sa langue natale, raclant violemment au fond de mon coeur le souvenir de "ma yiddishe mama" chanté par Sarah, mon arrière grand-mère, arrivée avec sa fille, Laja, dans le pays des droits de l'homme, comme tous ces gens. Comme Joseph Weismann et sa famille : "il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant", pensé-je en souriant. Je souris jaune, comme mon étoile.

 

J'ai beaucoup de chance, et je compte bien en profiter.

Mazel Tov.

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Commentaires

alors poulette j'ai pas encore vu la rafle mais rien que te lire ca m'a mis la chair de poule!

Écrit par : Nanouche | 01 février 2010

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Merci ma nanouche ! Si ça peut donner envie d'aller le voir, c'est important. C'est dur mais c'est indispensable.

Écrit par : Fanny | 02 février 2010

Wow. Superbe. Rien à dire, si ce n'est que ça donne envie de le voir. Mais surtout, deux choses : c'est très très rare que les français s'attaquent à un sujet aussi sombre et dans une période qu'ils détestent (la collaboration française avec les nazis), et... il sort le jour de mon anniversaire.

Écrit par : Dam | 02 février 2010

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:-) tu iras le voir après (je te conseille)

Écrit par : Fanny | 02 février 2010

Et bien moi aussi tu m'as filé des frissons tiens !
Je ne saurais que conseiller d'aller voir le film évidemment...

Écrit par : Clyne | 02 février 2010

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Venant de ta part, vu que tu as déjà vu le film, ça me fait encore plus plaisir.

Écrit par : Fanny | 02 février 2010

Pas vu le film..
mais qu'est ce qu'on aurait fait à leur place? comme dans la chanson "si j'étais née en 17...."
tu m'étonnes. Dire qu'on a des racines là.
Pour le moment je n'irais pas le voir, ça me ferait contracter encore plus.... mais qu'est ce que j'aimerais que tous le voye....
que les descendants des "enculés" le voye....

Écrit par : Sandra | 05 février 2010

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C'est sans doute pour cette raison qu'il a été fait, mais je n'utiliserai pas ce mot là. Je ne vois pas pourquoi toute cette génération aurait été des enculés et ceux d'aujourd'hui seraient meilleurs ...

Ce sont, c'étaient des hommes après tout, juste des humains.

Écrit par : Fanny | 05 février 2010

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enfin bon t'as compris quand même

Écrit par : Sandra | 05 février 2010

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Je suis très touchée par cette période que mes gds parents ont connu comme résistants, et je compte bien aller le voir !

Écrit par : Mymy | 09 février 2010

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je me suis prise moi aussi une énorme baffe et pas dans mon nez crochu que j'ai pas, mais dans mon coeur , mes tripes et tout le reste !

A ne rater SOUS AUCUN PRETEXTE !

Écrit par : AmeliMelo | 19 février 2010

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Alors je l'ai vu hier,
et waouh, en relisant ton post, j'en ai d'autant plus la chair de poule!
J'ai encore du mal à m'en remettre, et il est vrai que si il a au moins un avantage ce film en plus que nous apprendre ce qu'est la rafle du veld'hiv. C'est surtout de relativiser.
A côté, nos vies (bien que nous ayons des soucis) paraissent tellement plus cool!

Écrit par : nanouche | 19 février 2010

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Quel talent :) Tu donnes vraiment (encore plus) envie de le voir ce film...

Écrit par : lovny | 23 février 2010

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Merci à tous pour ces témoignages, surtout pour le film, qui le vaut bien et nous pousse à rester humble.

Ce qui devant tant de compliment n'est pas chose aisée je vous prie de me croire...

Écrit par : Fanny | 23 février 2010

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Excellent post, et tes mots sont justes. J'attends ce film avec impatience et j'espère que beaucoup vont comprendre. En regardant la bande annonce, j'ai pensé à Vittorio Alfieri, "De la peur de tous naît, sous la tyrannie, la lâcheté du plus grand nombre."

Écrit par : M1 | 28 février 2010

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